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Burnout des militaires & arrêts de travail : l'enjeu du lien au service du CLDM

Burn-out & dépression des militaires : comment établir l'imputabilité au service pour garantir les droits à un CLDM prolongé?

Burnout des militaires & arrêts de travail : l'enjeu du lien au service du CLDM

La reconnaissance de l'imputabilité au service d'une maladie contractée par un militaire ou un gendarme peut avoir de grandes répercussions sur la durée de son congé maladie et sur le montant de sa solde.

En effet, lorsqu'une maladie contractée par un militaire ou un gendarme est déclarée imputable au service, elle lui donne droit à un CLDM d'une durée de 8 ans à pleine rémunération pendant 5 ans ou à un CLM d'une durée de 3 ans à pleine rémunération.

Aussi, en cas de refus de reconnaissance de l'imputabilité au service de leur affection, les militaires et les gendarmes doivent envisager de contester ce refus devant la commission des recours des militaires (CRM) puis, le cas échéant, devant le tribunal administratif.

Lorsqu'il s'agit d'une pathologie psychologique comme un burn-out ou un syndrome anxiodépressif, le juge n'a pas à rechercher si l'affection est due à une volonté de nuire de la part de l'administration ou si le ressenti du militaire concerné est proportionné aux faits qu'il impute à son service.

Le juge administratif doit seulement vérifier si la pathologie psychologique du militaire en cause est directement liée au service :

1. CLDM imputable au service : durée et rémunération

Aux termes de l'article L. 4138-12 du code de la défense :

" Le congé de longue durée pour maladie est attribué, après épuisement des droits de congé de maladie ou des droits du congé du blessé prévus aux articles L. 4138-3 et L. 4138-3-1, pour les affections dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. / Lorsque l'affection survient du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions (...), ce congé est d'une durée maximale de huit ans. Le militaire perçoit, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération pendant cinq ans, puis une rémunération réduite de moitié les trois années qui suivent. / (...) ".

L'article R. 4138-47 dudit code prévoit quant à lui que :

" Le congé de longue durée pour maladie est la situation du militaire, qui est placé, au terme de ses droits à congé de maladie, dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions pour l'une des affections suivantes : / (...) 3° Troubles mentaux et du comportement présentant une évolution prolongée et dont le retentissement professionnel ainsi que le traitement sont incompatibles avec le service ".

La jurisprudence considère de manière constante qu'une maladie contractée par un militaire ou un gendarme doit être déclarée comme étant imputable au service lorsqu'elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions :

« 3. Une maladie contractée par un militaire, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel du militaire ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service ». (CE 13 mars 2019, req. n° 407795)

Comparatif des durées de CLDM selon votre statut et le lien au service

Situation du Militaire Lien au service reconnu (OUI) Lien au service non reconnu (NON)
Militaire de Carrière 8 ans max
5 ans plein traitement
Puis 3 ans demi-solde
5 ans max
3 ans plein traitement
Puis 2 ans demi-solde
Sous contrat (> 3 ans) 8 ans max
5 ans plein traitement
Puis 3 ans demi-solde
3 ans max
1 an plein traitement
Puis 2 ans demi-solde
Sous contrat (< 3 ans) 8 ans max
5 ans plein traitement
Puis 3 ans demi-solde
1 an max
Non rémunéré

Récapitulatif des droits selon l'article L. 4138-12 du code de la défense.

2. Pas de recherche de harcèlement moral par le juge

Par un arrêt du 10 novembre 2021, le Conseil d'Etat est venu préciser que le lien entre la pathologie et l'exercice des fonctions doit s'apprécier sans qu'il soit besoin de rechercher si l'administration a adopté un comportement de nature à nuire au militaire concerné.

Les faits : une militaire placée en CLDM pour syndrome anxiodépressif sans reconnaissance d'imputabilité

Dans cet arrêt, une militaire avait été placée en congé longue durée pour maladie (CLDM) du fait d'un syndrome anxiodépressif qu'elle attribuait à l'exercice de ses fonctions.

Cependant, ce CLDM lui avait été attribué sans reconnaissance de l'imputabilité au service de sa pathologie.

La militaire concernée a contesté la décision de placement en congé longue durée pour maladie (CLDM) et ses renouvellements.

L'erreur de droit commise par la cour administrative d'appel de Nantes

Par un arrêt du 23 octobre 2020, la cour administrative d'appel de Nantes avait rejeté la demande de la militaire concernée au motif notamment que la mauvaise ambiance de son unité ne la visait pas spécifiquement, que la sanction adoptée à son encontre ne présentait pas de caractère vexatoire et que les justificatifs d'absence qui lui étaient demandés ne caractérisaient aucune volonté de lui nuire personnellement (CAA Nantes, 23 octobre 2020, req. n°19NT01175).

L'annulation par le Conseil d'État : seul le lien direct avec le service doit être recherché

Cependant, par son arrêt du 10 novembre 2021, le Conseil d'Etat a annulé l'arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes en rappelant que le juge administratif n'a pas à rechercher l'existence d'une situation de harcèlement moral pour caractériser un lien entre la dépression ou le burn-out d'un militaire et l'exercice de ses fonctions :

« 4. Il ressort des énonciations de l'arrêt attaqué que, pour estimer que la pathologie dont souffre Mme D... n'était pas imputable au service, la cour administrative d'appel de Nantes a relevé, notamment, que l'ambiance dégradée au sein de l'unité dans laquelle était affectée la requérante ne visait pas spécifiquement celle-ci, qu'une sanction adoptée à son encontre ne présentait pas de caractère vexatoire et que les justificatifs d'absence qui lui étaient demandés ne caractérisaient aucune volonté de lui nuire personnellement. En recherchant ainsi l'existence de comportements de l'administration dirigés spécifiquement contre la requérante pour écarter l'imputabilité au service de la maladie de celle-ci, alors qu'il lui incombait de rechercher l'existence d'un lien direct entre cette pathologie et l'exercice des fonctions de l'intéressée, notamment au regard de son environnement professionnel, la cour administrative d'appel a commis une erreur de droit » (CE, 10 novembre 2021, req. n°448135).

Ce qu'il faut retenir : l'environnement professionnel suffit à caractériser le lien avec le service

Par cet arrêt, le Conseil d'Etat rappelle donc que, pour apprécier l'imputabilité au service d'une pathologie, et particulièrement, d'une dépression ou d'un burn-out subi par un militaire ou un gendarme, le juge administratif doit seulement rechercher si le syndrome anxiodépressif subi par le militaire ou le gendarme concerné est directement en lien avec le service.

Le cabinet d'avocat en droit militaire, Obsalis Avocat, accompagne et représente les militaires et les gendarmes, victimes de dépression ou de burn-out notamment, dans la contestation des décisions de placement en CLDM non imputables au service.

FAQ : Imputabilité au service et pathologies psychiques des militaires

1. Pourquoi est-il essentiel de faire reconnaître l'imputabilité au service ?

La reconnaissance du lien avec le service change radicalement vos droits. Pour un CLDM, l'imputabilité porte la durée maximale à 8 ans (au lieu de 5) et garantit le maintien de votre pleine solde pendant 5 ans (au lieu de 3 pour un militaire de carrière). C'est une protection financière et statutaire majeure.

2. Le burn-out ou la dépression sont-ils reconnus comme maladies professionnelles ?

Le code de la défense (article R. 4138-47) inclut explicitement les "troubles mentaux et du comportement" dans les affections ouvrant droit au CLDM. Si l'exercice de vos fonctions ou votre environnement professionnel est à l'origine de ce syndrome, le lien direct avec le service peut être établi, même en l'absence d'accident brutal.

3. Faut-il prouver un harcèlement moral pour obtenir l'imputabilité ?

Non. C'est un point fondamental tranché par le Conseil d'État. Le juge n'a pas à rechercher si l'administration a voulu vous nuire ou si vous avez été victime de harcèlement. Il doit seulement vérifier si votre pathologie est directement liée à l'exercice de vos fonctions ou à un environnement professionnel pathogène (surcharge de travail, ambiance dégradée, etc.).

4. L'administration refuse le lien avec le service : que faire ?

Si votre décision de placement en CLDM mentionne que l'affection n'est pas survenue du fait du service, vous disposez de voies de recours :

  1. Saisir la Commission des recours des militaires (CRM) dans un délai de deux mois. Cette étape est un préalable obligatoire.
  2. En cas de rejet par la CRM, porter l'affaire devant le tribunal administratif.

5. Mon ressenti face aux événements est-il pris en compte par le juge ?

Le juge ne cherche pas à savoir si votre réaction était "proportionnée" aux faits. Il s'attache à établir si, objectivement, les conditions de travail ont suscité le développement de la maladie. La subjectivité du militaire ne doit pas être un frein à la reconnaissance de ses droits.

6. Quel est le rôle d'un avocat spécialisé dans cette procédure ?

L'imputabilité des syndromes anxiodépressifs est l'un des contentieux les plus techniques. Le cabinet Obsalis Avocat vous aide à :

  • Analyser les pièces médicales et les preuves de l'environnement professionnel.
  • Démontrer l'erreur de droit si l'administration exige des preuves de harcèlement inutiles.
  • Sécuriser le maintien de votre rémunération et la reconstitution de votre carrière.

À retenir : Une ambiance d'unité dégradée, même si elle ne vous vise pas personnellement, peut suffire à justifier l'imputabilité au service de votre pathologie. Chaque dossier mérite une analyse précise de son contexte.


Besoin d'aide ? Consultez nos articles détaillés sur les recours en cas de CLDM non imputable et contactez le cabinet pour une analyse personnalisée :

Portrait d'une femme souriante avec cheveux noirs relevés, portant une chemise blanche et un collier doré.

Tiffen Marcel

Avocate associée fondatrice
Spécialiste en Droit public & Droit public militaire

Tiffen MARCEL a fondé Obsalis Avocat pour répondre aux problématiques des militaires, personnels de la gendarmerie nationale et fonctionnaires de police de toute la France. Seule spécialiste française en Droit public militaire officiellement reconnue par le Conseil national des Barreaux (CNB), elle dédie son expertise à la défense des militaires, gendarmes et policier dans tous ses pans administratifs : discipline, blessure et santé, indus de rémunération, démission/résiliation de contrat, réclamations indemnitaires.

Auteur

Portrait d'une femme souriante avec cheveux noirs relevés, portant une chemise blanche et un collier doré.
Tiffen Marcel
Avocate associée fondatrice

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